Le maçon projette le mortier et le laisse en l’état : c’est un crépi. Il repasse la taloche dessus : c’est un enduit taloché. Même sac, deux gestes. Ce qui se choisit vraiment, c’est le liant, minéral ou organique, et ton mur tranche à ta place.
Sous « enduit ou crépi », il y a bien deux familles de produits, mais pas celles qu’on croit. D’un côté un mortier minéral, ciment ou chaux, qui fait corps avec la maçonnerie et se pose sur un mur nu. De l’autre un revêtement organique en pâte, à base de résine acrylique ou siloxane, qui s’étale en film de quelques millimètres sur un enduit déjà là. Les grandes surfaces de bricolage vendent le second en seau, sous l’étiquette « crépi ». La confusion part de là.
Enduit minéral ou crépi organique, ligne par ligne
| Critère | Enduit minéral (monocouche, chaux) | Crépi organique (RPE, en seau) |
|---|---|---|
| Liant | ciment ou chaux | résine acrylique, siloxane |
| Support attendu | maçonnerie nue | enduit existant sain |
| Épaisseur posée (mm) | 10 à 15 | 1 à 3 |
| Perméable à la vapeur d’eau | oui | peu |
| Ponte les fissures | non | oui, classes I1 à I4 |
| Prix posé (€/m²) | 35 à 65 | 20 à 50 |
| Reprise à prévoir (ans) | 20 à 30 | 10 à 15 |
| Texte de référence | NF DTU 26.1 | NF DTU 42.1 |
| Teintes | palette minérale | quasi illimitée |
Le support commande l’enduit, le catalogue suit
Un mur en parpaing ou en brique creuse attend un enduit monocouche, projeté à la machine sur la maçonnerie nue. Un mur ancien en pierre hourdée à la chaux, ou en terre crue, refuse le ciment. Le NF DTU 26.1 tient dans une phrase : l’enduit reste toujours plus tendre que son support, jamais l’inverse.
Un mortier de ciment sur de la pierre passe deux hivers sans broncher. Ensuite ça se gâte. L’humidité qui ne sort plus décolle des plaques entières et fait remonter le salpêtre au pied du mur, et la reprise coûte davantage que le ravalement d’origine, puisqu’il faut piquer l’ancien enduit avant de refaire à la chaux.
Sur un enduit existant qui tient encore, le revêtement organique fait l’affaire. Deux gestes suffisent à le vérifier : tape le mur au manche de marteau, gratte-le à l’ongle. S’il sonne creux ou s’il farine, il ne portera rien.
L’épaisseur, et ce qu’elle rattrape
Dix à quinze millimètres de monocouche redressent une maçonnerie irrégulière, noient les joints et avalent un défaut de planéité d’un bon centimètre. Un à trois millimètres de revêtement organique épousent ce qu’ils recouvrent. Une bosse reste une bosse.
Ce tri-là se fait à l’œil, depuis le trottoir. Une façade qui a des défauts de forme réclame de la matière, donc du mortier. Une façade droite et sale réclame une peau neuve, et trois millimètres y suffisent.
La fissure fait basculer le calcul
Un mortier minéral suit son support jusque dans ses défauts. Quand le mur travaille, la fissure traverse l’enduit et revient au même endroit après réparation. Dilatation d’un chaînage béton, tassement, retrait de séchage : les causes changent, le résultat ne change pas.
Les revêtements d’imperméabilité du NF DTU 42.1 se classent de I1 à I4 selon la fissure qu’ils acceptent de ponter. I1 ne couvre qu’un faïençage de surface ; I4 franchit des ouvertures qui bougent avec la température, jusqu’au millimètre et au-delà. C’est le seul terrain où le crépi en pâte bat le mortier sans discussion, et il le bat largement.
Ce que l’écart de prix ne dit pas
De 35 à 65 €/m² posé pour un monocouche minéral, de 20 à 50 pour un revêtement organique : l’organique gagne environ un tiers à la signature. Il le rend au deuxième passage.
Compte 20 à 30 ans avant reprise côté minéral, 10 à 15 côté organique. Sur trente ans de façade, l’un se refait une fois, l’autre deux à trois fois, échafaudage compris à chaque tour. Le devis que j’ai reçu pour la façade nord de ma maison chiffrait le montage seul à 14 % du total, avant le premier sac de mortier.
Ce qu’un enduit et un crépi font pareil
Ni l’un ni l’autre n’isole, et aucun des deux ne règle une remontée capillaire : ils protègent la maçonnerie de la pluie battante, rien de plus. Les deux se teintent dans la masse, se projettent à la machine et exigent un support propre, sec et débarrassé des mousses. Les deux verdissent au nord, où l’exposition pèse plus lourd que le produit.
Qui prend quoi
Tu prends l’enduit minéral si ton mur est nu, ou si son enduit sonne creux et part par plaques. Sur parpaing, un monocouche à 35-65 €/m² redresse la façade et te laisse vingt ans tranquille. Sur pierre ou sur terre crue, c’est la chaux, et il n’y a pas d’autre réponse.
Tu prends le crépi organique si ton enduit tient, s’il est seulement sale ou faïencé, et si ta façade bouge. Un revêtement classé I2 ou I3 ponte les fissures qu’un mortier rouvrira, coûte un tiers de moins, et se repose dans dix ans sans rien piquer.
Le seuil de 50 % qui change la nature du chantier
Le critère qui coûte le plus cher quand on l’oublie, c’est la surface que tu refais. Le décret n° 2016-711 du 30 mai 2016 rend l’isolation obligatoire dès qu’un ravalement porte sur la moitié au moins d’une paroi, ouvertures déduites, quand ce mur est composé à plus de moitié de terre cuite, de béton, de ciment ou de métal. La pierre et la terre crue en sortent. Le parpaing, non.
Passer de 48 à 52 % d’une façade change donc le chantier de catégorie : ce n’est plus un ravalement, c’est une isolation par l’extérieur, avec ses débords de toiture à reprendre. Des dérogations existent : retour sur investissement au-delà de dix ans, contrainte patrimoniale, risque de désordre attesté par un professionnel du bâtiment. Elles se motivent par écrit.
Reste la mairie. Changer la teinte ou la texture d’une façade relève de la déclaration préalable de travaux ; refaire à l’identique en dispense, sauf dans les communes qui imposent l’autorisation pour tout ravalement.