Non, ce n’est pas le plafond de chiffre d’affaires qui te fait changer. Tu bascules quand tes charges réelles dépassent ton abattement : 34 % en libéral, 50 % en prestation de services. En dessous, la micro gagne.
| Critère | Auto-entrepreneur | EURL | SASU |
|---|---|---|---|
| Plafond de chiffre d’affaires (€) | 83 600 en services | aucun | aucun |
| Assiette des cotisations | chiffre d’affaires encaissé | rémunération nette | salaire brut |
| Taux affiché | 21,2 à 25,6 % | environ 45 % | environ 78 % |
| Taux réel sur l’enveloppe | 25,6 % | 31 % | 44 % |
| Dépenses réelles déductibles | non | oui | oui |
| Cotisations à revenu nul | zéro | plancher annuel | zéro |
| Dividendes et cotisations | sans objet | au-delà de 10 % du capital | aucune |
| Assurance chômage | non | non | non |
| Droits de cession des titres | sans objet | 3 % | 0,10 % |
Le seuil qui te sort de la micro n’est pas celui que tu surveilles
Le plafond existe, et il est haut : 203 100 € de chiffre d’affaires en vente de marchandises, 83 600 € en prestation de services comme en libéral. La plupart des indépendants ne l’approchent jamais.
Ce qui décide, c’est l’abattement. La micro-entreprise ne déduit aucune dépense : elle retranche un forfait de 34 % en libéral, 50 % en services, 71 % en vente, et l’impôt porte sur ce qui reste. Tant que tes dépenses réelles tiennent sous ce forfait, tu es imposé sur moins que ce que tu gagnes. Dès qu’elles le dépassent, tu paies de l’impôt sur de l’argent que tu n’as pas.
Prends 60 000 € encaissés en libéral. Avec 8 000 € de dépenses, tu déclares 39 600 € et tu gagnes 52 000 € : l’abattement t’offre 12 400 € d’assiette. Avec 28 000 € de dépenses, tu déclares les mêmes 39 600 € et tu gagnes 32 000 €.
Le cadeau est devenu une pénalité de 7 600 €.
Le taux de cotisations réel, ramené à une même enveloppe
Les trois taux qu’on te cite ne portent pas sur la même chose. La micro prélève 21,2 % du chiffre d’affaires en prestation de services et 25,6 % en libéral hors Cipav, taux que l’Urssaf applique depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Le gérant d’EURL verse environ 45 % de sa rémunération nette, le président de SASU environ 78 % de la sienne : ce sont les ordres de grandeur retenus par Bpifrance Création. Trois assiettes, aucune comparaison possible en l’état.
Ramène-les à l’enveloppe, c’est-à-dire à tout ce que l’activité dépense pour te payer. Sur 60 000 € d’enveloppe et sans dépense professionnelle, la micro en prend 15 360 €, l’EURL 18 620 €, la SASU 26 290 €. Il te reste 44 640 €, 41 380 € et 33 710 € avant impôt sur le revenu.
Entre le premier et le dernier, l’écart vaut 18 % de ton chiffre d’affaires.
Ce que chacun ouvre à la retraite et en arrêt maladie
Côté retraite, le président de SASU suit la règle du salarié : quatre trimestres pour 600 fois le Smic horaire de salaire brut. Le micro-entrepreneur, lui, valide sur son chiffre d’affaires après abattement : il lui faut 10 928 € en libéral, 14 424 € en services et 24 868 € en vente, montants publiés par Bpifrance Création pour 2026.
Un commerçant en micro doit donc encaisser trois fois et demie ce qu’un président de SASU doit se verser pour le même résultat.
Côté arrêt maladie, les trois attendent trois jours de carence. L’indépendant, micro comprise, touche un 730ᵉ de son revenu moyen des trois dernières années, et rien si ce revenu reste sous 4 582 €, seuil que l’Assurance maladie retient en 2026. Le président de SASU sans salaire ne touche rien non plus, et ne valide aucun trimestre.
L’EURL a un plancher que les deux autres n’ont pas : à revenu nul, le gérant paie une cotisation minimale assise sur 450 fois le Smic horaire, qui lui valide trois trimestres.
Ce que la SASU fait mieux que les deux autres
Le président de SASU se verse le résultat en dividendes sans un euro de cotisation sociale : le prélèvement forfaitaire de 30 % suffit. En EURL, la part de dividendes qui dépasse 10 % du capital et des comptes courants retombe dans l’assiette des cotisations d’indépendant. Sur un résultat qu’on ne consomme pas entièrement, la SASU reprend tout ce qu’elle avait perdu sur les salaires.
Elle peut aussi ne rien coûter. Un président qui ne se verse rien ne paie rien, quand le gérant d’EURL paie son plancher. Pour une activité qui démarre lentement, ou qu’on mène à côté d’un emploi, l’écart se voit dès la première année.
Reste la cession. L’action se transmet avec 0,10 % de droits d’enregistrement contre 3 % pour une part sociale, et faire entrer un associé ne demande qu’une modification de statuts. Inutile tant qu’on reste seul, décisif le jour où quelqu’un veut monter au capital.
Le piège : la micro cotise sur ce que tu encaisses
Une année où tu ne gagnes rien, la micro prend quand même son pourcentage. Chiffre d’affaires de 40 000 € en libéral, 30 000 € de dépenses : tu gagnes 10 000 €, tu verses 10 240 € de cotisations.
Ton taux de cotisation réel vient de passer la barre des 100 %.
La même année en EURL, tu cotises sur 10 000 € de résultat, soit 3 100 € et le plancher en dessous. C’est le seul des trois régimes qui ne suit pas ce que tu gagnes, et c’est pour ça qu’une activité à dépenses lourdes n’a rien à faire en micro, quel que soit son chiffre d’affaires.
Ce que les trois ont en commun
- Aucune n’ouvre l’assurance chômage, pas même la SASU dont le président se verse un salaire. C’est ce qui les sépare toutes les trois du portage salarial face à l’installation en freelance.
- Aucune ne commande ta TVA : la franchise en base dépend de ton chiffre d’affaires, pas de ta forme juridique.
- Les trois séparent le patrimoine personnel du patrimoine professionnel.
- À revenu égal au plafond de la Sécurité sociale, gérant d’EURL et président de SASU cotisent presque autant pour leur retraite, environ 26 % de part et d’autre.
Qui prend quoi
Tu restes auto-entrepreneur si tes dépenses professionnelles pèsent moins que ton abattement et que ton chiffre d’affaires tient sous 83 600 €. Un consultant qui facture 55 000 € avec 5 000 € de frais garde près de 36 000 € une fois ses cotisations payées : aucune société ne fait mieux, et il n’a pas de comptable à payer.
Tu passes en EURL si tu achètes du stock, de la matière ou du matériel, et que tes dépenses dépassent le tiers de ce que tu encaisses. C’est le statut qui prélève le moins sur ce que tu te verses vraiment, 31 % de l’enveloppe contre 44 % en SASU, et la déduction de tes dépenses réelles fait le reste. Le choix entre SASU et EURL se joue ensuite sur ce que tu sors de la société.
Tu passes en SASU si tu laisses l’essentiel du résultat dans la société, ou si tu comptes faire entrer quelqu’un au capital. Dès que tu ne consommes pas tout ce que tu gagnes, les 30 % sur dividendes battent les 44 % de cotisations sur salaire.